Les causes du comportement criminel
Par Ernest-Max FONTAINE
POURQUOI UNE RECHERCHE EST-ELLE INDISPENSABLE ?
Je pense que j’ai bien écrit une douzaine de fois sur les causes
de la délinquance et de la criminalité mais je dois reconnaître que ces écrits
sont dispersés parmi les textes réunis sur ce site. Plusieurs lecteurs m’ont
fait remarquer que s’il m’était facile d’avoir une idée d’ensemble, il n’en
était pas de même pour eux…Je vais donc profiter d’un été qui parait vouloir
être pluvieux, pour vous en faire une synthèse qui vient au bon moment, je
devrais dire au plus horrible moment pour ceux qui ont suivi l’actualité !
Des meurtres dont la description est insoutenable ont été commis ces derniers
mois, sur des enfants, des femmes et même des hommes avec une violence, une
volonté de faire souffrir qui sont inexplicables ! Sans autre mobile que
la volonté de faire du mal, gratuitement !
Et le plus cruel est qu’on ne trouvera pas deux experts
d’accord pour nous les faire comprendre et proposer des remèdes : nous ne
savons même plus s’il faut juger les auteurs de tels faits ou les isoler pour
quelques années ou pour toujours.
Le désordre des idées est si grand que lorsque le Président
de la République a proposé une recherche pour vérifier si l’origine de ce
besoin de faire souffrir, de torturer, de violer n’était pas génétique,
c'est-à-dire inscrit dans la personnalité de certains individus dès avant leur
naissance, ce fut un tollé qui couvrit toutes les voix! Comme si une
recherche menée sérieusement, scientifiquement pouvait jamais être dangereuse ! Si Monsieur le
Président ou d’ailleurs toute autre personne avait proposé une recherche sur le
rôle du sevrage précoce –ou tardif-, ou sur les phases de la lune lors de la
conception, personne ne se serait indigné…On découvre tant de choses
extraordinaires ! Il y a actuellement à la Sorbonne une chaire
d’astrologie tenue par Madame le Professeur Elisabeth Tessier et on dit que
récemment, je parle des décennies 80-90 des chefs d’état consultaient encore
des astrologues. Je ne les nomme pas car ce n’est qu’une rumeur ! Tout
sauf la génétique ! Ayant suggéré qu’elle était peut être la cause de
certaines criminalités notamment de Patrick Henri, je me vis répondre par
quelqu’un qui passe pour une des consciences de la France : « Non, ce
serait trop triste ! ».
Récemment encore, écoutant les questions d’auditeurs de
France Inter, à propos de la Journée de l’Institut Pasteur, j’entendis
approximativement –il s’agissait d’un propos saisi au vol- :
Auditeur : « Croyez vous, comme certains
l’affirment que les traits de caractère proviennent des gènes, ce qui ferait la
joie des racistes de tout poil… ».
Institut Pasteur : « Il ne faut pas sacraliser
les gènes… ».
Auditeur : « Bien entendu, mais le milieu
existe ! Ne devrait-on pas parler plutôt de prédisposition ? ».
Institut Pasteur : « On pourrait le faire, mais
la maladie génétique existe… ».
Cela m’a fait souvenir d’une conférence que j’avais été
invité à faire devant une société de pensée : je n’avais pas achevé de
dire « je penche pour une origine génétique de la délinquance puisque les
comportements fondamentaux des humains le sont aussi… », qu’une des personnes présentes se levait et
m’interpellait :
-« Si vous découvrez que quelqu’un est porteur de ces
caractères génétiques, vous n’avez plus qu’à le condamner à mort, avant qu’il
ait tué, alors que peut-être il n’aurait
jamais tué !
Je ne pus que lui répondre : « Mais, Monsieur, c’est
votre réaction, pas la mienne ! Moi ce que je m’efforcerai de faire c’est
de trouver un remède comme on l’a déjà fait pour plusieurs maladies génétiques,
avec succès …Les dispositions génétiques n’ont jamais rien de honteux,
qu’il s’agisse de la couleur des yeux, de la taille ou d’une quelconque
malformation, visible ou non ! C’est d’ailleurs bien la seule chose dont
les porteurs ne sont pas responsables ! Mais s’il a été
« facile » après coup pour nous de comprendre le raisonnement de
Frère Grégor Mendel, (on l’avait quand même attendu), quand il s’agissait des
rides des petits pois et qu’il semble qu’il ait un peu sollicité les résultats
de ses statistiques, il est évident que le problème était plus compliqué
lorsqu’il s’agissait de porteurs sains ou non et que les probabilités n’étaient
plus de moitié-moitié ou de trois quarts-un quart chez les hybrides de
première génération !
La première question est en réalité : pourquoi cette
recherche est-elle nécessaire aujourd’hui ? Je crois que c’est par ce que
depuis plus d’un demi siècle, en fait depuis la dernière guerre mondiale, nous
avons vécu dans une atmosphère de changements, de mutations, de progrès
matériel mais je n’hésite pas à l’écrire, de régression morale. Ce n’est pas
par ce que en cinquante ans toute notre politique pénale, notre code ont été
mis au rebut: suppression du bagne, de
la relégation, des peine minimum, création d’un sursis « probatoire »
–disposition qui entraîne le maximum de récidive (dix fois plus qu’une peine de
dix huit mois d’emprisonnement avec sursis),
d’une législation pour les « enfants » de 14 à 17 ans révolus,
permissions de sortie, libertés conditionnelles accordées à tout va, sans aucune étude préalable, sans aucune
précaution, sans aucune période de probation que les choses vont mieux !
Sans même se préoccuper de savoir quels étaient les résultats de cette
« application des peines » qui ressemblait plutôt à une négation des
peines ! Quand la « probation »
se limite à passer une fois par semaine à la Gendarmerie, on se tiendrait les
côtes si ce n’était pas si triste : entre deux pointages, Pesquet avait
tué six personnes, Patrick Henri était
allé jusqu’au Maroc acheter de la résine de cannabis et Pierrot le fou avait violé
et assassiné deux fillettes et une jeune femme ! Croyez vous que cela ait ému la Chancellerie,
le service de l’application des Peines ou un distingué membre du
Parlement ? Que nenni ! Puisque le risque zéro n’existe pas…les
victimes sont inévitables !
Il faut reconnaître que dans le même temps les sciences
humaines ne progressaient pas ;
psychologie , psychiatrie, ne nous éclairaient guère : alors que
les pays qui se donnaient la peine de poursuivre une recherche à démarche
scientifique, vérifiable,
tels que le Canada, reconnaissaient
que malheureusement aucune solution n’était en vue, le Parlement français
n’hésitait pas à instituer un « suivi médical » qui devait être la
panacée, sans d’ailleurs prévoir ni les médecins ni le budget pour les honorer…
puisque de toute façon on savait que cela ne servirait à rien ! De qui se
moque-t-on ?
Si ces réformes avaient été faites d’un seul mouvement
elles n’auraient jamais été acceptées ; la situation empirait après chaque
réforme mais on ne savait pas dans quelle mesure c’était dû à la dernière
réforme.
Un « grand coup » fut frappé en 1970. Un
quarteron de plaisantins qui paraissaient vaguement occupés au Centre National
de Recherches Pénitentiaires, ayant aligné quelques chiffres déclarèrent qu’ils
avaient établi que c’était « la prison qui engendrait la récidive, que la
famille était criminogène » etc. Le tout dans de beaux bouquins gris bleu
reliés aux frais des contribuables. Quel dommage, les auteurs n’avaient pas osé
signer !
Personne n’eut la curiosité d’examiner ce travail qui
n’avait aucun sens, mais la conclusion fut admise et devint l’explication tant
recherchée de l’origine du crime. Et puis, cela venait du Ministère de la
Justice lui même au point qu’un directeur d’institut de criminologie n’hésita
pas à prendre le train en marche et à s’associer à ces plaisantins. Je pus
établir sans peine qu’il s’agissait en réalité d’un canular ! Le seul fait
que ce « travail » révolutionnaire n’était pas signé ni revendiqué
aurait dû attirer l’attention ! Est-ce que au ministère de la <Justice
on publie n’importe quoi ? Qui était responsable ? Un directeur
d’administration, le ministre lui-même ?
Mais il fallut des années pour que toute discussion ne prit
plus fin sur la constatation devenue
banale : «Nous savons maintenant que ce sont les juges qui forment les
récidivistes…Pourquoi s’obstine–t-on à ne pas fermer les prisons ? »
Et les juges eux même s’alignèrent ! La durée des peines diminua
régulièrement !
Pour nous en tenir
à notre domaine, jamais les instituts de criminologie, les observatoires de la
délinquance n’ont été aussi nombreux; pourtant il semble que nous ne savons
plus où nous allons, que nous n’avons plus de certitudes. Manifestement il y a
un divorce entre les Français et leurs juges, leurs élus, leurs fonctionnaires. Je dois quand même, si je veux être pris au
sérieux donner quelques exemples de l’incohérence française ; comme on
dit, je persiste et je signe :
-Pendant des années l’homicide involontaire fut puni comme
une contravention de
cinquième classe : 3 mois avec sursis et 1000F
d’amende.
-la récidive n’était plus punie,
- des individus passèrent 3, 4, et 5 fois aux
assises !
- On vota un « suivi médical » pour les criminels
dangereux ;
Pourtant la preuve n’a jamais été rapportée qu’un tel suivi
pouvait ramener à un comportement normal
un criminel. Bien mieux on peut citer de nombreuses affaires où les
« spécialistes » étaient partagés entre ceux qui décrivaient le
criminel comme inoffensif et ceux qui le trouvaient profondément et
définitivement dangereux. Lesquels croire ? Dans le doute on le mettait en
liberté et quand on l’arrêtaitait pour une nouvelle récidive, le cri unanime
était « Evidemment, il n’a pas bénéficié du suivi médical prévu
pourtant pas la loi ! » ;
- Il faudrait former des centaines de médecins spécialistes
mais quel enseignement leur donner? Ce sont des chercheurs qu’il faut mettre à
l’ouvrage, les médecins viendront en suite !
- On ne prend pas les mesures qui permettront ce recrutement, on ne budgétise pas non plus les crédits qui les honoreront ; ni pour
les chercheurs ni pour les médecins.
- On met en liberté « conditionnelle » des
criminels dangereux pour faire de la place dans les prisons pour les petits
délinquants alors que ces derniers
seraient mieux à leur place sous des tentes à travailler et à faire du sport.
Les prisons devraient être réservées aux criminels dangereux en leur donnant de
la place pour travailler.
- Quand le code pénal prévoit une peine de vingt ans de
réclusion pour un viol sans circonstance aggravante et que la cour prononce une
peine de douze ans pour dix viols, comment cette peine a-t-elle été
calculée ? On n’en sait rien, elle décide « comme ça », je dirai
« au pif ». Est-ce tolérable ? Il faut en réalité supprimer la
confusion des peines et décider que les arrêts de cour d’assises seront
motivés !
- Cette motivation parut peut-être trop difficile quand le
code pénal fut rédigé et surtout, à l’époque, l’arrêt rendu par un échantillon
représentatif de la Nation n’était pas susceptible d’appel.
Nous pourrions continuer ainsi longtemps mais je m’aperçois
que j’aurais dû employer l’imparfait car des réformes ont été réalisées par le
nouveau président : restauration des peines plancher supprimées en 94,
suppression des grâces présidentielles
insensées et irresponsables mises au goût du jour en 82 par un
président qui venait d’être élu et avait décidé qu’il allait changer la
vie… Pour les victimes peut-être ?
Création d’établissements d’internement de longue durée
pour les criminels les plus dangereux ! Aggravation des peines pour les
récidivistes sont maintenant prévus. Nous allons bien voir car j’en connais
beaucoup qui traînent les pieds. Je vous confierai que s’il manque des crédits,
le mieux est d’utiliser ce qu’on a encore à soigner les Alzheimer ou les
Parkinson !
A ce propos je maintiens ce que j’ai avancé et qui n’a
jamais été contredit, que ces mises en liberté lorsqu’elles avait entraîné des
victimes étaient des fautes, et
ouvraient donc un droit à réparation civile qui ne pourrait être prescrit qu’en
trente ans.
Peut-être qu’un jour le ministère de la Justice nous
donnera pour les vingt ou trente dernières années le nombre de criminels qui
ont récidivé après avoir été libérés par anticipation ou avoir obtenu une
permission et après quelle peine subie. Et tant d’autres valeurs du même ordre
concernant les délits et la délinquance des « enfants » qui
permettront enfin de mettre sur pieds une véritable politique de la Justice
pénale.
Mais diront certains, quelle autorité avez-vous pour
critiquer ce qui se fait aussi bien à la Présidence de la République qu’au
Parlement, au Gouvernement etc. ?
C’est bien simple : avant d’entrer dans la
magistrature j’avais suivi une formation scientifique qui m’avait donné
quelques modestes éléments de statistiques. Sans y penser je me suis trouvé au
fil des ans créant véritablement une nouvelle manière d’approcher la
criminologie que tout naturellement je baptisai d’expérimentale puisque ses
résultats pouvaient être vérifiés par l’expérience. Vous voyez qu’il en fallait
bien peu !
Ainsi la
criminologie devenait une véritable science, bien modeste mais qui pouvait se
développer sur des bases certaines, incontestables, alors que la Justice que
nous pratiquons est encore celle du temps de Molière. Imaginez que la Médecine
n’ait pas plus évolué que la Justice ! Et comme cette science n’est pas
encore admise, qu’il n’y a pas de doctrine vérifiée, au nom de l’indépendance,
chaque magistrat, chaque cour, chaque président de la République fait ce qu’il
veut alors qu’au moins on devrait respecter l’esprit et la lettre du code
pénal.
J’arrivais au
mauvais moment. Mes premiers travaux datent de 1962 : j’établissais
seulement que le génocide routier de l’époque (plus de 10.000 morts par an dans
les trois jours de l’accident (c'est-à-dire
beaucoup plus en réalité), 100.000
blessés dont de nombreux handicapés à vie,
pour une circulation quatre fois moindre qu’aujourd’hui , ce génocide
dis-je était causé par moins de 5% des conducteurs, que notre système
d’assurance n’était donc pas équitable et enfin que les peines infligées aux
responsables de ces homicides (en général trois à six mois d’emprisonnement
avec sursis et 1000F d’amende rapidement amnistiables) étaient une injure à ces
morts et n’étaient nullement dissuasives. Je communiquai ces résultats par
lettres et j’eus quelques réponses, un
article dans l’Auto Journal et le plus important pour moi, la visite de
M.Pigozzi, le président de Simca qui vint jusqu’à mon bureau pour me féliciter,
et enfin un mot d’encouragement à continuer du professeur du Professeur Boris
Cyrulnik. Malheureusement M. Pigozzi disparut trop tôt car avec son aide,
beaucoup de choses auraient sans doute changé. Néanmoins je continuai ma
recherche si simple puisqu’il suffisait de constituer des échantillons valables
et de les analyser.
Entre temps 1968 était arrivé. La Justice et l’Armée furent
les deux corps les plus pris à partie. Cela ne me gêna guère, pendant le joli
mois de Mai, j’allais au tribunal en vélo et je profitai de la longue grève
pour avancer ma recherche. J’arrivai ainsi à montrer que la grande délinquance
et la criminalité sont le fait là encore d’une faible minorité d’individus,
environ 3,5% de la population avec deux caractéristiques tout à fait
importantes : cette proportion est constante au moins depuis un siècle et
le délinquant entre très tôt dans cette (mauvaise) conduite : la
population des délinquants est distribuée selon une exponentielle décroissante
dont la période de demi-vie est de sept ans à compter d’un âge que depuis
l’antiquité on avait retenu comme majorité : quatorze ans. Cette seule
découverte annoncée plus tard quand elle fut bien assurée le fut dans un exposé
devant le tribunal de Paris en 1974.
Elle était suffisante pour modifier toute notre législation pénale, car
elle mettait en évidence que la population des délinquants et criminels
d’habitude, endurcis, récidivistes, réitérateurs, voleurs, violeurs et tueurs
en série, est une sous espèce de l’espèce humaine. Mais le fossé est tel en
France entre les études de sciences même sociales et les études de droit qu’une
telle constatation ne pouvait être acceptée. Que la prison forme les
récidivistes, que la famille engendre la criminalité, ça, oui, on pouvait y
croire ; mais cette histoire de loi de demi-vie distribuée selon une
exponentielle décroissante…à d’autres ! Mes meilleurs collègues ne me le
cachèrent pas : « Fontaine, vous ne nous ferez pas croire qu’on
peut mettre des délinquants en équation »…C’est tout ce qu’on
trouva !
Ce qui caractérise
la nature même de ces délinquants et criminels, c’est que dès qu’on les libère,
ils récidivent. Il est donc faux de penser qu’on fera de la place dans les
prisons en les remettant en liberté puisqu’ils y retourneront dans les plus
brefs délais et que nous aurons fait seulement de nouvelles victimes…Mais allez
expliquer ça en France, dans les années qui ont suivi 68 !
En résumé je ne demande pas qu’on me croie sur ma bonne
mine mais sur les résultats que je présente, des résultats chiffrés que chacun peut
examiner à son tour et discuter. Ce sont ces valeurs qu’il faut croire et non
votre pauvre interlocuteur, clamans in deserto !
Ce qui me parait extraordinaire c’est que pendant des
décennies le plus grand désordre ait pu régner dans les esprits sans susciter
de réaction : au nom de leur indépendance les tribunaux faisaient
n’importe quoi, le législateur modifiait le code pénal plutôt que de voter la
construction de prisons ou d’établissements fermés pour les mineurs, le service
de « l’application des peines » et le président de la République
mettaient « en liberté à tout va » des individus comme Fourniret ou
Pierrot le fou etc. etc. J’ai entendu un sénateur, ancien garde des sceaux
s’opposer au rétablissement des peines minimales en disant « les prisons
sont déjà pleines » ! A ce compte là on pourrait facilement limiter
le déficit de la Sécurité Sociale : « Les hôpitaux sont
pleins ! Halte aux admissions,
rentrez chez vous ! ».
J’ai eu la chance de vivre assez longtemps pour voir enfin
mes travaux reconnus. Imaginez ma joie quand un soir j’entendis le candidat
Sarkozy promettre s’il était élu de réformer la Justice : rétablissement
des « peines plancher » pour les récidivistes etc.
« Car nous savons maintenant que l’essentiel des
crimes et délits les plus graves ne sont commis que par les récidivistes…
«
C’étaient les mots mêmes que j’avais employés dans mon
exposé devant le tribunal de Paris en …1974 et que vous trouverez sur ce
site sous le titre « Théorie
Générale de la délinquance, de la récidive et des
peines ».
J’ai donc eu raison sur la punition des homicides
involontaires, l’enfermement prolongé des criminels dangereux etc. mais il
reste encore tellement à faire ! Car la solution définitive de la
délinquance est encore à trouver. Enfermer les violeurs, les assassins même à
vie n’est pas suffisant. Est-ce qu’on se contente d’hospitaliser les malades
sans les soigner ? Il faut donc rechercher la ou les causes de la
criminalité pour enfin donner les soins qui conviendront et que nous ne
connaissons pas encore
: nous le devons aux futures victimes et aussi aux
criminels eux-mêmes.
LES CARACTERISTIQUES DE LA DELINQUANCE ET DE LA CRIMINALITE
EN GENERAL. (Sans distinction de la nature des faits).
LA DELINQUANCE ET LA CRIMINALITE DANS LE TEMPS.
Aussi loin que nous remontions dans l’histoire des hommes
nous devons bien constater qu’il y a toujours eu des individus déviants que
leurs contemporains ne pouvaient supporter ! Si vous prenez l’Ancien
Testament au pied de la lettre, vous serez obligés de constater que déjà la
première famille sur Terre se fit remarquer par le fratricide de Caïn, plus tard par le viol incestueux de
Cham et si vous passez à l’époque historique vous déplorerez que même le Peuple
Elu n’ait pas manqué une occasion :
Ruben monte sur le lit de sa belle mère et en partant le
peuple de Moïse emporte l’argenterie des Egyptiens assez naïfs pour la leur
confier !
Au moins l’Ancien Testament ne cache-t-il rien et on
trouvera là une preuve de sa véracité. Mais sans remonter si loin, l’histoire
de la Grèce ou de la Rome antique nous montre qu nous n’avons rien à inventer
en matière de crime. Le crime colle à la peau des hommes, plus exactement à la
peau de quelques uns.
LA DELINQUANCE ET LA CRIMINALITE DANS L’ESPACE.
Là encore je ne serai pas long. Je ne crois pas qu’on
puisse citer un pays ou une région où la délinquance et le crime sont inconnus.
Chaque fois qu’on découvrait un nouveau pays on apprenait aussi de nouveaux
crimes punis de nouvelles peines, mais le fonds des affaires était le même
LA DELINQUANCE ET LA CRIMINALITE DANS LA SOCIETE.
D’abord voyons ce que nous pouvons considérer comme sûr. En
analysant les jugements du tribunal de Paris prononcés avant la dernière
guerre, alors que depuis tout avait
changé, les mœurs, les lois, les
conditions économiques, je pus constituer des échantillons indiscutablement aléatoires de délinquants ou
de criminels nés autour de 1900. Les bras m’en tombèrent quand je constatai que
ces échantillons étaient distribués de
la même manière que ceux tirés au sort dans les jugements de 1960 à 1970 !
La moitié des condamnés récidivistes
avaient été condamnés pour la première fois alors qu’ils avaient entre
14 et 21 ans, le quart entre 21 et 28 et ainsi de suite ! Cette loi
statistique de demie vie de la population des récidivistes est infiniment plus
importante qu’il ne parait : ces délinquants et criminels, nés lorsqu’ils
atteignent 14 ans et qu’au jour d’hui on traite avec un sourire indulgent sont
en fait les délinquants et les criminels qui seront demain majeurs ! Un
« enfant délinquant » ne cesse pas d’être délinquant en devenant
majeur et nous les retrouvons devant les tribunaux pour majeurs ! La
délinquance juvénile n’est pas comme on a affecté de le croire une maladie de
croissance : elle est l’extériorisation de la nature du délinquant et
j’ajoute que l’examen des casiers judiciaires montre que plus elle est précoce,
plus elle sera grave ! Alors que la moitié des récidivistes, entrés dans
la délinquance entre 14 et 21 ans, seront condamnés une douzaine de fois,
chaque fois pour plusieurs crimes ou délits et dont on n’a plus la trace après
un jugement de confusion, ceux qui ont été condamnés pour la première fois
après 42 ans ne le seront plus que deux ou trois fois et en général pour des « bricoles !
Mais pour en revenir
aux « enfants » condamnés comme tels, au lieu d’avoir appris à bien
se tenir, ils ont appris à mépriser la loi et les juges, les policiers qui ne représentent
plus rien pour eux. Le laxisme de l’ordonnance de 45 a été la pire des mesures
pour eux et nous pouvons dire qu’elle a causé la perte de quelques générations.
Malheureusement il ne m’était pas possible de vérifier la
proportion des délinquants dans la population d’avant guerre ni celle des récidivistes parmi les
délinquants. Je ne peux donc m’avancer à affirmer que la proportion des
récidivistes est constante et par prudence scientifique je dois dire qu’elle me
parait constante.
. De même je n’ai pu vérifier la proportion des femmes dans
l’échantillon des condamnés d’avant la guerre mais dans tous les échantillons
récents, la proportion des femmes était 10% de celle des hommes ! Quelle
que soit la cause de la criminalité, je crois pouvoir affirmer qu’elle est liée
à l’agressivité. Je peux vous rapporter un incident authentique et
significatif. Quand enfin le code pénal fut modifié comme je le réclamais
depuis 30 ans pour mettre la sanction des homicides involontaires au niveau de
celle en usage dans les pays civilisés,
pendant quelques jours les radios rendirent compte des accidents qui
s’étaient produits sur la route avec mort d’hommes et circonstances aggravantes
d’alcoolémie au volant ou mise en danger de la vie d’autrui. Chaque jour le
journal télévisé annonçait : à « Roubaix un homme a provoqué un
accident… » le lendemain c’était
« en banlieue parisienne ou en Bourgogne… ». Au bout d’une semaine j’annonçais « si
mes travaux sont exacts, nous devrions avoir bientôt une femme… »
Effectivement après quelques jours on annonça qu’une conductrice après avoir
heurté une voiture à l’arrêt avait pris la fuite et provoqué un nouvel accident
avec un ou deux morts ! Elle s’était enfuie après de simples dégâts
matériels car elle savait qu’elle était sous l’empire d’un état
alcoolique !!!
Il est encore un autre aspect de la délinquance et de la
criminalité que nous ne pouvons ignorer. Là encore je ne peux rien prouver car
je n’ai pas eu la possibilité de mesurer et de compter, mais je peux énumérer
des exemples que vous avez sûrement relevés déjà. Il n’y a pas de classe ni de
groupe socio professionnel ou même religieux qui ignore la délinquance et la
criminalité. A tout seigneur tout honneur : Citerai-je pour commencer
Alexandre VI, le plus corrompu des Papes, en haut de l’échelle et le clergé
pédophile besogneux qui ruine son église,
mais aussi un savant authentique proposé pour le Nobel qui tua son
épouse pour vivre avec sa maîtresse, des magistrats très éclectiques dont l’un
sodomisa sa petite bonne de moins de quinze ans, dont l’autre attaquait les
stations services de sa circonscription dans les Alpes, dont le troisième se
masturbait à l’audience correctionnelle, des professeurs de faculté dont un
éthologue de Bretagne qui tua sa femme, l’enterra dans son jardin et partit à
un congrès d’éthologie précisément, à Rome, au bras de sa maîtresse et cet
autre qui détourna les œuvres de Giacometti, des enseignants de l’enseignement supérieur dont l’un
garantissait le succès aux examens de ses élèves qui voulaient bien prendre des
leçons particulières… Du secondaire et du primaire, laïques mais pédophiles,
des médecins gynécologues réputés qui violaient leurs patientes (en France et
en Suisse) , des hommes d’affaires, les plus riches et les plus puissants comme
le président d’Enron, le plus grand scandale financier et qui ruina le fonds de
pension de ses milliers de salariés ! Mais on peut citer aussi des ducs,
des princes, des dictateurs et leurs fils…on n’en finirait pas. Je ne dirai
donc pas qu’il y a parmi les plus riches, les plus puissants, les plus
respectés plus ou moins de délinquants et de criminels que dans le reste de la population, mais je
pense que tout à l’heure je serai en mesure de vous donner une bonne
évaluation : Ils sont en même proportion que le reste de la population
mais souvent on en parle moins !.
En attendant, nous pouvons faire un premier point. Il
parait acquis que
-criminalité et délinquance ont toujours existé et partout
sur la Terre,
- qu’elles paraissent rares, en ce moment, en Occident car je ne me sens pas le droit de
généraliser : chez nous elles paraissent de l’ordre de 3 à 4 % chez les
hommes, dix fois moins chez les femmes. Elles paraissent constantes. Il doit y
avoir des périodes propices au développement de la délinquance, par exemple les
grandes périodes de corruption, de désordre, de guerre, mais crimes et délits
se retrouvent partout : dernièrement on a mis à jour des réseaux de
prostitution et de pédophilie dans les troupes et les organisations non
gouvernementales envoyées en Afrique pour venir en aide aux
populations !
Mais attention !!!
Je me souviens des années 60 ; on avait noté une
recrudescence indiscutable de la délinquance et on en cherchait les
causes : la banlieue, la télé, l’immigration, l’activité des services de
Police ! Je n’avais eu aucun mal à démontrer qu’en réalité, s’il y avait
effectivement plus de crimes et délits commis, cela n’impliquait pas qu’il y
eut davantage de délinquants mais que chaque délinquant commettait davantage de
crimes ou délits !
- Délinquants et criminels d’habitude, affirmés,
récidivistes, nés à des milliers de kilomètres, à cent ans d’intervalle,
appartiennent à une même population et sont liés par une loi statistique
indiscutable de demi-vie de 7 ans comme le sont par exemple les éléments
radioactifs .
Ces premières constatations ne nous révèlent pas les causes
de ces comportements mais nous permettent au moins d’éliminer quelques
circonstances plus ou moins épisodiques ou vernaculaires, telles que le
chômage, l’ignorance, la laïcité ou la religion, la crise du logement, la
pauvreté ou la richesse, la sévérité ou le laxisme des parents, la télévision,
la présence de sels de plomb ou de cuivre dans l’alimentation, la
« labellisation », l’activité de la Police, l’allaitement au sein ou
au biberon, les phases de la Lune ou les taches du Soleil, l’insuffisance des
prisons, leur délabrement, etc. etc.
A réfléchir sur ce premier bilan, deux constatations apparaissent :
-Le même fait peut être dans le même temps un crime ou un
acte méritoire, un acte recherché ou un acte honni,
Le même fait peut être successivement, tantôt un crime,
tantôt un acte plus ou moins bien accepté ;
Vous avez certainement à l’esprit des illustrations de ce
que je viens d’affirmer, mais je vais quand même donner quelques exemples qui
serviront de base à nos développements.
Tuer un individu de l’espèce humaine pour une raison
personnelle est un crime. Si l’homicide est accompli sur l’ordre d’une autorité
reconnue (guerre) c’est un acte encouragé. C’est en fait une extension de la
légitime défense.
Imposer une exhibition sexuelle à quelqu’un qui n’a pas
manifesté son consentement est un délit mais le spectateur peut être consentant
et même demandeur, par exemple en assistant à un spectacle pornographique payant
ou seulement en entrant dans un camp nudiste. Tout comme certains paient pour
se faire fouetter !
Au jour d’hui le proxénétisme est considéré comme le plus
lâche des délits ; profiter de la prostitution d’une femme est vraiment le
fond de l’indignité ! Pourtant les riches romains, sénateurs, chevaliers
n’hésitaient pas à acheter des prisonnières de guerre, pour les placer dans des
lupanars qui leur appartenaient…
Imposer une relation sexuelle à une femme est un crime mais
après le mariage qui est une vraie fête, c’est pour elle un devoir de
l’accepter sauf conséquences légales.
Avant Moïse l’homosexualité masculine était acceptée mais
le grand prophète la punit de mort et peu à peu l’humanité tout entière suivit
son enseignement. Ce qui laisse penser que cette orientation sexuelle n’était
quand même pas tellement approuvée. Mais de là à la punir de mort !
Actuellement
l’interdiction est en régression. Mais je ne saurais dire si les mœurs sont
plus sévères
L’homosexualité féminine n’a jamais fait l’objet
d’interdiction, tout au plus de quelques moqueries sur les
« frotteuses » ou les « frottasses » du moins en grec
ancien. En France, l’inceste n’est pas poursuivi du moins entre majeurs
consentants, mais sauf erreur des frères et sœurs ne peuvent se marier, même
pas se pacser. Pendant des décennies, du temps de la dynastie des Lagides, en
Egypte (305-30 avant J .C) le mariage entre frère et sœur était courant et
parfaitement reconnu, enregistré à l’Etat civil. Pendant longtemps les
patriarches de la Bible épousèrent leurs sœurs, probablement leurs demi sœurs,
du même père mais non de la même mère, comme l’étaient Abraham et Sarah.
Akhénaton qui avait introduit en Egypte le culte du
dieu unique avait même pris pour femme
outre ses sœurs, une de ses filles. Mais cela lui fut reproché.
Le droit romain avait établi que l’enfant conçu était tenu
pour né et l’avortement
fut longtemps et logiquement puni comme un homicide mais
cessa de l’être lorsque une politique d’eugénisme fut mise en place comme elle
le fut dans de nombreux pays européens et nord américains.
. Au Moyen Orient ancien, la femme qui se faisait avorter
était punie de mort. En France l’auteur d’avortements sur d’autres femmes fut
un temps puni de mort et la dernière femme guillotinée, probablement la seule
pour cette raison, le fut pendant la dernière guerre. Depuis, l’avortement a
été réglementé et sous condition de délai
c’est un acte médical remboursé par la Sécurité Sociale
sans avoir à donner de raison. Je me souviens –j’étais jeune garçon juste avant
la dernière guerre, que la publicité
pour les préservatifs était interdite ! Comment donc une interdiction
pourrait-elle être interdite au fond de l’âme ou du génome pour des actes qui
sont tantôt interdits, tantôt encouragés ? Je crois donc que ce n’est pas
le fait que le délinquant veut violer mais l’interdiction qu’il saisit comme un
défi qui lui est adressé !
La pédophilie a toujours existé. Déjà le pape qui couronna
Charlemagne…Je ne vous donnerai pas
son nom, vous devinerez pourquoi. Curieusement elle est maintenant poursuivie
avec horreur. Il y a seulement trente ans, une fillette genevoise qui
commençait à raconter à ses parents ce que le curé lui avait fait dans le
confessionnal, recevait une bonne gifle et était envoyée au lit sans dîner. Je
pense que c’est la foi qui se perd. Ces fillettes, maintenant des femmes se
sont réunies en association pour pouvoir enfin en parler et se libérer !
Lorsque j’entendais des professeurs éminents déclarer
qu’ils avaient examiné à la loupe le passé de nombreux criminels en remontant
jusqu’à leur naissance et n’avaient rien trouvé qui pût les distinguer des
autres jeunes, je ne pouvais m’empêcher de dire « Oui, mais avant la
naissance, êtes vous sûrs qu’il ne s’était rien passé ? La vie ne commence
pas à la naissance mais à la conception ! ».
Je vais faire une première remarque : bien souvent on
cherche LA CAUSE qui va tout expliquer, LA LOI qui va rétablir le pouvoir
d’achat et ainsi de suite alors qu’il y a presque toujours plusieurs causes, plusieurs
lois qui entrent en jeu. Si la génétique
pouvait expliquer plusieurs aspects d’un comportement humain sinon anormal, du
moins minoritaire dans l’espèce, il n’en résulterait pas moins que d’autres
facteurs peuvent encore intervenir, soit pour accentuer ce caractère, soit pour
l’étouffer et c’est pourquoi cette recherche est si difficile !
La recherche est encore rendue compliquée par le fait que
–fort heureusement- il n’est pas permis d’expérimenter sur des humains, à
quelque degré de développement que ce soit !
Mais il nous est possible d’étudier les hommes à divers
stades de leur développement, dans des situations tout à fait différentes, dans
des groupes humains très différents et éloignés et surtout nous savons que les
hommes ont conservé bien des caractères possédés déjà par des espèces
animales !
Précisément nous connaissons quelques cas d’espèces
voleuses, chez les oiseaux, quelques cas où les femelles choisissent leurs
géniteurs, des animaux qui vivent en couple sans même savoir qu’ils sont de
même sexe et enfin des animaux qui trichent. Beaucoup d’animaux tuent, mais
toujours semble-t-il d’une manière utilitaire
pour survivre ou pour leurs descendants. Mais certains comportement sont
encore plus élaborés : quand les descendants de nombreuses espèces peuvent
se suffire à eux-mêmes, leurs nourriciers les renvoient, d’autres savent
accumuler des réserves, pratiquer l’agriculture, l’esclavage, la guerre…
interdire la reproduction aux membres du clan ! Tout cela leur est
peut-être appris, mais quand la dernière génération n’a pas connu la
précédente, comme chez les guêpes pour ne donner qu’un exemple, il fallait bien
que tout ce savoir fût gravé dans une mémoire ? Et demeurât à travers des
métamorphoses.
Il est vrai que cette disposition n’est pas générale :
de jeunes animaux qui ont perdu leurs géniteurs et sont sauvés, nourris, élevés
par des hommes sont incapables de survivre dans la nature sans une nouvelle
éducation ! Mais dès qu’ils grandissent, le naturel revient au
galop !
Il arrive que le
premier geste d’un animal soit déjà un crime, gravé au plus profond de
lui-même : lorsque l’œuf d’une femelle coucou, pondu par sa mère dans un
nid d’une autre espèce, éclot, le
premier geste de l’oisillon est de faire tomber du nid les oisillons nés avant
lui et les œufs non encore éclos de manière à rester le seul dans le nid !
Personne n’a pu le lui suggérer ou le lui rappeler ou le lui apprendre…Nous
avons bien là un criminel inné… mais irresponsable et cela sera tout notre
problème.
Tout serait plus facile si nous connaissions la généalogie
des criminels. Sans compter que lorsque nous la connaîtrons nous ne serons
encore sûrs de rien : le père n’est que présumé ! Je vous dis tout de
suite que cette recherche des ascendants des grands criminels n’est pas
possible : des lois françaises, des directives européennes les
limitent jusqu’à les interdire et
surtout, sans l’ADN des grands parents, nous ne pourrions rien faire de
sûr !
Il faudrait pouvoir expliquer pourquoi subitement la
criminalité la plus violente apparaît chez un individu : par exemple le
docteur Petiot, Landru, Fourniret et disparaît ensuite puisque ni leurs frères,
ni leurs fils quand ils en ont ne paraissent frappés de la même malédiction.
Souvent on ne comprend pas pourquoi une famille entière
vire soudain dans le crime. Par exemple,
Agrippine l’Ancienne, était petite fille d’Auguste, fille d’Agrippa et de
Julie*. Elle épousa Germanicus dont elle eut Caligula* et Agrippine la Jeune*
Cette dernière eut Néron de Ahénobarbus puis elle épousa Claude son oncle et lui fit adopter Néron*. Elle commit de
nombreux crimes avant d’empoisonner Claude* pour que Néron lui succède mais celui-ci peu reconnaissant
la fit mourir sans tarder et commit bien d’autres crimes, encore que –selon le
Monde- « il fut un adversaire
résolu de la peine de mort ».
Vous vous souvenez que Auguste (anciennement Octave) et
Ahénobarbus répondaient en gros aux canons des hommes politiques romains, ni
meilleurs ni pires, mais déjà que Julie
est restée célèbre pour ses débordements sexuels. Caligula, fou sanguinaire
était le frère d’Agrippine la Jeune qui lui ressemblait. On ne compte plus les
crimes de Néron. Heureusement qu’il se suicida jeune pour échapper au
châtiment. Je ne vous étonnerai donc pas en disant que la généalogie de cette
famille et la génétique pourraient
expliquer au moins en partie leurs carrières criminelles ; mais pourquoi
cette prédisposition au crime a-t-elle en apparence commencé avec Julie et
Germanicus ? S’est-elle éteinte avec le suicide de Néron ? Il est
très possible que ce dernier ait eu des descendants illégitimes inconnus avec
des maîtresses ou des esclaves que l’histoire n’a pas connus !
Moins puissants
auraient-il moins tué, moins volé ? Peut-être mais ce n’est qu’une
question de quantité.
J’ai commencé par parler de la recherche d’une cause
génétique par ce qu’il me semble que tant de travaux ont été menés pour
rechercher toute autre cause qu’on
l’aurait sans doute trouvée si elle existait.
Mais je vous en prie, qu’il n’y ait pas de malentendu, ce
que je propose c’est une recherche générale, dans tous les sens, non pas d’une
cause car il y en a peut-être plusieurs, sans en éliminer a priori aucune, qu’elle soit virale, climatique,
nutritionnelle voire enfin diabolique ! Même si nous parvenions à
découvrir une cause unique à la criminalité, il faudrait encore expliquer
pourquoi cette criminalité prend des aspects aussi différents que le vol, le
viol, l’homicide, en faisant remarquer que les voleurs s’en prennent rarement
aux personnes, que de nombreux homicides n’ont pas été précédés d’un vol ou
d’un viol, alors que de plus en plus fréquemment le viol se termine par
l’homicide. Nous ne pourrons manquer de faire apparaître combien les
circonstances extérieures, si l’on peut dire, au fait incriminé sont
importantes puisque le même fait peut être un crime grave ou un acte d’amour
toujours précédé d’une grande fête, selon que la victime avait ou non donné son
consentement solennel… Ce préambule vous fait déjà comprendre quelles
précautions nous devrons prendre pour essayer d’être clair et complet !
Je m’aperçois déjà que je me suis avancé
inconsidérément : revenons à la belle famille d’Auguste : Julie,
c’était le sexe. D’ailleurs c’est assez rare de la part d’une femme. Elle n’a
pas été la seule dans son genre, mais les excès sexuels sont plutôt le genre
des hommes. Messaline l’Ancienne déjà mêlait les genres : elle portait
plainte faussement contre de riches romains qui auraient abusé d’elle. En moins
de deux le riche romain était condamné à mort, exécuté et ses biens étaient
attribués par l’empereur à la plaignante : il y avait bien une cupidité
sanguinaire.
A un certain niveau le vol s’accompagnera de meurtre :
dans l’organisation d’un hold up, du vol d’un transport de fonds, tout est mis
en place pour assurer le succès de l’entreprise, armes de guerre,
explosifs : on doit réussir à n’importe quel prix.
Pendant longtemps les viols furent commis sans mettre
autrement en danger la vie des victimes. C’est ainsi que pratiquait Fourniret
dans sa première manière. Ayant été condamné sur le témoignage de ses jeunes
victimes, dès qu’il fut mis en liberté dans des conditions absolument
inadmissibles, il décida qu’on ne l’y reprendrait plus : désormais la
malheureuse fillette choisie devrait mourir après avoir été violée ! Il en
fut de même de Pierrot le Fou et de tant d’autres ! Est-il possible que
ces trois déviations : vol, viol, homicide ne soient que des formes
différentes d’une même disposition ? Quand le président d’Enron, ayant volé
ses actionnaires, ses employés et associés, sur le point d’être arrêté faisait
virer au compte de sa femme un milliard de dollars, pouvait-il imaginer que ce
virement passerait inaperçu ? Que pouvait-il en espérer ? Quand un
individu se prépare à violer une jeune femme qu’il a repérée après l’avoir
observée pendant des semaines et risque ainsi des années de réclusion alors
qu’il est marié ou que pour une modique
somme il pourrait obtenir la même satisfaction, n’est on pas en droit de penser
que ce que ces hommes recherchent ce n’est plus la satisfaction que donnent
l’argent ou la relation sexuelle mais en réalité le plaisir de prendre un
risque énorme : pour le président d’Enron il s’agit de triompher, de ne
pas reconnaître qu’il est battu, pour le
violeur, il veut ce qui est défendu !
J’incline donc à croire que ces trois dispositions, vol,
viol, meurtre sont en réalité une seule et même forme d’addiction. Lorsque la
Nature a créé la reproduction sexuée, elle était obligée de l’assortir d’un
violent désir de reproduction, d’une forte satisfaction, de ce qui est encore
pour nous un indicible plaisir, l’acmé de toutes les satisfactions ! Je ne
peux imaginer que ce plaisir soit venu par hasard, en aboutissement d’une
évolution : la vie aurait disparu depuis longtemps ! Et nous pouvons
dire que ce plaisir accompagne tous les besoins vitaux des êtres vivants !
Le nouveau né a faim lorsqu’enfin il est séparé de sa mère et quel plaisir il
éprouve et éprouvera toute sa vie à se nourrir ! Au point que –comme des
espèces uniquement carnivores- il tuera des individus d’autres espèces pour se
nourrir. Les loups ne se tuent pas entre eux, mais ils tuent les autres espèces
et les hommes font de même ! Peut on encore étendre cette addiction au
besoin de dominer, d’être le plus fort, le plus intelligent, le premier enfin
et vous trouvez les addictions au sport, au travail, à la lutte politique, au
jeu … Mais dans ces conditions, que deviennent les drogues ? Vous
allez peut-être rire mais je crois que simplement, l’organisme étant prêt à une
addiction au plaisir, l’homme a découvert d’autres sources de plaisir qui
étaient prêtes sans avoir été préparées pour cette usage !Pourquoi le
saule guérit-il tant de maux par son extrait, l’aspirine ? Je ne pense pas
qu’il avait été fait pour cette guérison, mais c’est ainsi.
Et la génétique dans tout ça ?
Il n’et pas difficile de la mettre en évidence :
-Depuis que la reproduction sexuée existe, le désir s’est
perpétué sans qu’on puisse même penser qu’il s’est affaibli depuis un
milliard d’années.
- Pourtant certains lui échappent ! Saint Paul est
sans doute le plus connu de ces asexuels, lui qui écrivait (I Corinthiens, 7)
« Je pense qu’il est bon pour l’homme de ne point toucher la
femme …mais s’il ne peut résister, mieux vaut se marier que tomber dans l’impudicité… »
etc. Il faut dire que pour St Paul la fin du monde était imminente ! Au
jour d’hui les « asexuels », comme ils se désignent eux-mêmes, se
regroupent en association, on les connaît d’autant mieux qu’ils ne se cachent
nullement : anatomiquement ils sont absolument normaux mais n’ont aucun
appétit sexuel. Ils ne sont pas tentés et, s’ils essaient, ils n’ont aucun
plaisir. De telle sorte qu’ils ne sont nullement frustrés. Quelques uns s’étant
mariés se sont un peu forcés et sont parvenus à avoir des enfants, comme il
arrive qu’on mange un plat par pure politesse quand on est invité.
D’autres individus, par contre, sont habités d’une libido
irrépressible mais qu’ils arrivent à satisfaire. Je citerai Simenon puisqu’il
en a parlé lui-même. Heureusement pour lui, il y avait à l’époque des
« maisons closes » et il avait les moyens de s’y rendre en courant
plusieurs fois par jour quand le simple frôlement d’une femme dans un autobus
le mettait dans tous ses états. D’où tenait-il ce comportement ? On pourrait
en citer bien d’autres moins connus.
En ce qui concerne les asexuels, il serait assurément
intéressant de savoir s’ils ont des vies ternes, modestes, passives ou s’il
leur arrive d’être « pris » par une passion telle que le jeu, les
drogues etc. Il me vient toutefois à l’esprit que des dictateurs tels Hitler,
Robespierre, etc. ne s’intéressaient guère aux femmes. Mussolini par contre en
tenait toujours une au chaud dans la pièce voisine de celle du conseil et
interrompait parfois quelques minutes la séance pour aller l’honorer rapidement
sur la moquette. Il revenait alors en souriant et en rajustant son baudrier….
On peut évidemment supposer qu’il est arrivé à ces
individus quelque chose quand ils étaient encore enfants, quelque chose qui n’a pas attiré l’attention à l’époque…La
preuve sera difficile. On peut aussi supposer qu’une mutation est apparue dans
leur appareil génétique lors de la conception car avant tout c’est bien le
génome qui décidera si un individu sera un homme ou une femme…Quelque chercheur
essaiera-t-il un jour de comparer les génomes d’un échantillon d’asexuels et
d’un échantillon d’hypersexuels et, pendant qu’on y est, d’individus dits normaux et de quelques
criminels dont le nouveau fichier pourrait nous fournir l’ADN ? Seul un spécialiste
averti pourrait nous le dire !
Autrement, je ne vois pas de solution : nous devrons
nous contenter de savoir qu’une anomalie accompagne les criminels, provoquant
semble-t-il une addiction. Ce n’est pas ça qui permettra un traitement médical.
Aussi honnêtement que possible je vais essayer de présenter
les thèses de ceux qui pensent qu’une recherche sur la ou plus probablement les
causes de la criminalité est inutile, voire dangereuse et quels sont ceux des
autres qui croient qu’en toute matière l’étude du comportement humain est
toujours avantageuse.
Mais je n’ai pas créé la criminologie expérimentale pour
qu’on procède à n’importe quoi. Je demande
une véritable recherche, j’entends par là une recherche scientifique,
c'est-à-dire expérimentale pour qu’il soit possible d’en vérifier les résultats
en les répétant, en les mesurant. Je ne suis d’ailleurs pas le premier à avoir
proposé cette recherche. Sous la direction du professeur Léauté, l’institut de
criminologie de Paris avait dans le début des années 80, lancé un vaste
programme
puisqu’il s’agissait
d’étudier si je me souviens bien, deux cents causes possibles agissant
séparément ou ensemble. En d’autres circonstances, le même professeur confiait
à des auditeurs de France Inter qu’il avait étudié jusque dans leur berceau la
vie de grands criminels sans trouver d’explication à leur comportement.
De même, qui nous dira pourquoi des peines si horribles
qu’elles soulèvent le cœur par leur seule description ne paraissent elles pas
dissuader les criminels ? Il ne
restait donc plus qu’à aller voir ce qui s’était passé avant, par exemple l’hérédité du sujet de la
recherche.
Je dis que nous ne pouvons pas rester seulement témoins de
crimes affreux s’il existe une possibilité même très faible et difficile à
atteindre, de les comprendre, voire de les empêcher. Pourquoi renoncerions nous
sans rien faire alors que la science humaine nous a conduits à des exploits
inimaginables il y a seulement quelques décennies. Nous ne forçons personne à
chercher avec nous, au moins que personne ne nous empêche de faire progresser
la connaissance de l’homme !
2- LES ARGUMENTS DES OPPOSANTS A TOUTE RECHERCHE.
Les plus
sérieux argumentent ainsi :
Vous n’avez
pas le droit de procéder à une recherche sur l’existence d’une ou de plusieurs
causes de la criminalité, car si vous la ou les trouviez –avec tous les risques
d’erreur qui existent- vous stigmatiseriez des individus innocents aux yeux de
la loi et des hommes, que vous ne pourriez ni punir parce qu’ils n’ont rien
fait de blâmable ni même les nommer car vous n’avez pas la certitude qu’ils
commettront les crimes dont vous les
croyez capables. Par ailleurs, le seul fait que vous les déclariez programmés
par exemple pour violer ne suffira-t-il pas à les pousser à passer à
l’acte ?
Il y a une autre difficulté qu’on ne peut esquiver :
les lois changent, les crimes et les délits naissent, vivent et un jour
meurent ! Nous avons vu ainsi l’avortement qui était un délit devenir un
crime puni de mort, puis redevenir un délit finalement supprimé pour n’être
plus qu’un acte médical remboursé par la Sécurité Sociale ! De même
l’homosexualité masculine qui était une pratique courante fut un jour punie de
mort par Moïse et le demeura jusqu’à ce jour dans certains pays. Le Royaume Uni
n’a supprimé que récemment la peine des travaux forcés qui la punissait encore
au siècle dernier: tel fut bien le triste sort de Oscar Wilde… Certains états
d’Amérique du Nord punissent encore lourdement la sodomie ;
Le plus extraordinaire fut que l’homosexualité masculine
qui ne faisait aucune victime lorsqu’elle était pratiquée entre majeurs
consentants persista pendant des millénaires de persécutions très dures sans
disparaître.
L’homosexualité féminine ne fut jamais ni nulle part
réprimée. Je ne le regrette certainement pas
mais je ne me l’explique pas, du moins pour le moment car nous y
reviendrons ! On peut imaginer que cette homosexualité ne risquait pas de
mettre en danger la paternité, et puis les femmes ont tant d’occasions de
souffrir que si elle peuvent trouver un peu de plaisir, qu’elles en
profitent !
Les homosexuels
masculins furent stigmatisés, déportés, torturés sans renier leur disposition qui parait
incompréhensible aux autres. C’est ce qui me fait le plus penser à une cause
attachée très fortement au plus profond de leur être ! Dans n’importe quel
autre disposition les gens concernés n’insisteraient pas !
Il a fallu attendre le président Giscard d’Estaing pour
faire disparaître de notre code pénal l’adultère de l’épouse, l’entretien de
concubine au domicile conjugal de l’époux. Combien de femmes pourtant furent
condamnées à mort et exécutées, lapidées au Moyen Orient selon la loi mosaïque,
noyées dans un sac cousu sur les rives du Bosphore sur l’ordre de quelque sujet
ottoman, murées vives dans un donjon occidental par un minable seigneur furieux
d’être cocu ou tout bêtement la tête tranchée à la hache comme Anne Boleyn en
1536 ! Ce n’est quand même pas si vieux ! Et jusqu’au moment où le
même président Giscard d’Estaing le supprima, les maris qui surprenaient leur
épouse « in ipsis Veneris rebus » dans le lit conjugal bénéficiaient
d’une excuse, mais pas les épouses dans des situations symétriques!!!
Et nous pourrions remplir quelques pages de situations
semblables.
.
Je ferai quand même une remarque : parmi ceux qui se
firent le plus entendre pour nier seulement la possibilité d’une origine
génétique, on put remarquer et retrouver des gens qui s’étaient farouchement
dressés contre l’institution d’un
fichier ADN des personnes impliquées dans des crimes. Ce fichier finit
par être mis en route. S’il avait existé quelques années plus tôt, des
arrestations auraient permis d’éviter plusieurs crimes et je pourrais citer
quelques victimes qui auraient échappé à leur triste sort si ce fichier avait
existé. Les opposants au fichier demandèrent-ils pardon, firent ils amende
honorable ? Je vais réunir leurs noms et leurs interventions et les
publier : ce sera une sorte de pilori moral. Nous disposons donc d’un
fichier ADN concernant notamment les plus grands criminels : est-il
suffisant pour permettre des comparaisons avec un fichier que l’on pourrait
établir d’un échantillon de personnes dont l’âge permettrait de dire qu’ils
mourront sans avoir commis de crime (connu) ? Je l’ignore mais je
vais essayer de me renseigner.
Une autre difficulté existe pour ceux qui veulent savoir ce
qui provoque le passage à l’acte criminel : des circonstances extérieures
ne peuvent elles empêcher d’agir une personne programmée pour violer ou pour
tuer ? Dès lors le pronostic sera en défaut car on ne pourra relever toutes les circonstances…
UN PEU DE METHODOLOGIE
Il y a
certainement plusieurs manières d’approcher ce problème. Je propose d’utiliser
celle qui me parait la plus simple, certainement la moins coûteuse. Si elle ne
donne rien, il sera toujours possible d’essayer autre chose.
Il me parait intéressant tout d’abord de poser en
précaution qu’il me parait difficile qu’une seule cause puisse être à l’origine
de « la criminalité ». Celle-ci me parait devoir être définie comme
la contrevenance d’un individu à la loi admise par le groupe dans lequel il
vit. D’où viennent ces lois, comment sait-on qu’elles sont admises et doivent
être respectées souvent à peine de sanctions. Je crois que les lois qui sont respectées,
admises tout naturellement sont celles qui sont dans le droit fil des dix
commandements ? Pourquoi ? Mais tout simplement parce qu’elles sont
les lois de l’espèce ! C’est pourquoi elles furent adoptées si tôt par les
populations du Moyen Orient si tôt, puis à Babylone, puis par Moïse, enfin par
les Chrétiens… Mais les Romains et les Grecs Anciens ne les avaient pas
attendus pour punir le meurtre, le viol et le vol !
1- où et quand est né le crime ?
Il ne fait aucun doute, à mon sens, que le crime est apparu
il y a très longtemps chez les animaux : par exemple
-« tuer un membre de l’espèce » est puni chez les
loups ;
-« voler un territoire approprié par une
famille » est aussi intolérable pour beaucoup d’animaux solitaires ou vivant
en groupe qui n’admettent pas la moindre intrusion : quand des
« petits » d’une nouvelle génération seront jugés adultes par ceux
qui les ont élevés, ils devront partir vers de nouveaux territoires.
-. « Essayer de féconder une femelle appartenant à un
« harem » de nombreux animaux tels que cerfs, phoques, éléphants de
mer, etc. entraîne la punition du mâle audacieux mais non de la femelle qui n’a
pas essayé de se défendre. Ainsi, dans
la loi mosaïque la jeune femme violée loin de toute maison habitée où quelqu’un
aurait pu entendre ses appels au secours ne sera pas punie. Celle qui a été
violée dans une tente ou une maison d’où elle aurait pu appeler et ne l’aurait
pas fait sera lapidée avec son violeur… On voit que l’inspiration est la
même ; s’il y a crime, c’est celui du mâle.
Mais des crimes beaucoup plus élaborés sont punis chez les
animaux : chez les loups comme chez les mangoustes, en tout cas certaines
espèces d’entre elles, l’accouplement est réservé à un couple dominant. C’est une véritable politique de
limitation des naissances.
Tout autre
accouplement est interdit et suivi immédiatement de l’exclusion de la famille,
de la femelle fécondée hors la loi. Ce bannissement est une véritable
condamnation à mort car la chasse en solitaire est quasiment impossible. Quand
les enfants du « péché » naîtront ce sera encore pire : qui les
protègera ou les réchauffera si la mère est obligée d’aller chercher de la
nourriture ? Eh bien vous retrouvez exactement le même scénario en France,
jusqu’au 19° siècle. Sur la foi de promesses jamais tenues, une pauvre fille se
fait engrosser par un gars du village, parfois même violer par son patron ou le
curé de la paroisse.
. Dès qu’on saura qu’elle a « péché », elle sera
exclue même de l’Eglise où elle n’aura plus le droit d’entrer ! On la
verra alors mendier un peu de nourriture, exactement comme la mangouste qui
vient regarder ses frères et sœurs se gaver du produit de la chasse et lui
refusent le moindre morceau ! De son côté la pauvre fille ne subsistera en
général que par la prostitution et son fils sera toujours un
« bâtard ». Est-ce vraiment l’enseignement de Jésus, au moins pour
ceux qui y croient ?
Chez les oiseaux
vivant en couple on retrouve tous les rituels en faveur chez les hommes :
cadeaux à la fiancée, magnifique nid pour la décider, participation aux travaux
de nourriture des petits, partage du temps de couvaison, éducation des petits
par le mâle casoar alors que la mère s’en désintéresse totalement et enfin
adultère de l’hirondelle dans le nid conjugal ! On n’en finirait pas mais
je veux encore citer un comportement particulier : celui de l’abeille par
exemple, dont la reine bénéficie des
attentions de plusieurs mâles… Est-ce une simple coïncidence ou une attention
particulière, mais je viens de voir sur la 5 un reportage sur le Tibet :
il existe dans cet immense territoire au moins une tribu où les femmes
pratiquent la polyandrie de la manière la plus commune et légitime qui
soit : elles ont volontiers deux ou trois maris légitimes. Comme on demandait
à l‘une d’elles si elle était heureuse, elle répondit en baissant les yeux
« Je suis comblée »…J’ai raconté quelque part sur le présent site que
j’avais fait un sondage auprès, des lecteurs et lectrices du Nouvel Obs. pour
connaître leur position à propos de la polygamie. J’avais été surpris de voir
le nombre de femmes répondant oui à la polygamie si la polyandrie était
légalisée aussi. Cela me parait difficile à organiser…
Il y a peut-être là
l’explication du fait que tant de jeunes
politiciennes françaises ont l’intention d’aller au Tibet pour mieux
s’informer. Un progrès est toujours possible.
Ceci étant, il apparaît bien que la particularité de
l’espèce humaine est d’être dotée de la plupart des originalités des autres
espèces animales, qu’il s’agisse de comportement normal ou au contraire d’un
manquement à cette loi. Cette particularité pourrait être due à la relative
jeunesse de l’espèce humaine ou au fait qu’elle résiste à la sélection
naturelle. Par exemple nous avons vu que dans de nombreuses espèces animales on
trouvera des individus vivant en couple sans même savoir qu’ils sont
homosexuels, notamment chez les oiseaux. Dans d’autres espèces l’organisation
veut qu’à la puissance d’un mâle corresponde un groupe de femelles et aussi
longtemps qu’il est le plus fort, le mâle qui « possède » le groupe
s’emploie à écarter les prétendants. C’est ce qu’on trouve le plus fréquemment
chez les grands mammifères, terrestres et marins comme les cerfs ou les
phoques. Il faut surtout remarquer que le prétendant sera chassé au terme d’un
combat parfois mortel mais que la femelle qui aurait cédé ne subira aucune
sanction. Une nuance encore, chez les singes qui vivent en famille dominée par
un « dos argenté », l’appartenance des femelles au groupe est volontaire.
Le jour où le dos argenté ne leur paraîtra plus le plus fort ou le plus adroit,
une après l’autre les femelles le quitteront pour en rejoindre un autre. Et
cela rejoint clairement les thèses défendues par de nombreux essais sur le
mariage.
Encore une remarque qui rapprochera plus qu’on ne croit les
mœurs des singes qui vivent en groupe (ce qui n’est pas le cas de tous) :
à l’occasion de recherches génétiques
des observateurs firent la remarque que de nombreux jeunes singes ne pouvaient
pas être les descendants du prétendu dos argenté dominant. Ils exercèrent donc
une surveillance des groupes grâce à des caméras à infra rouge et constatèrent
avec surprise que fréquemment on observait des femelles qui après avoir simulé
le sommeil se dressaient sur leur couche, s’assuraient que personne n’était
réveillé et gagnaient un lieu assez éloigné où elles paraissaient
attendues…pour un véritable rendez-vous d’amour puis regagnaient toujours aussi
précautionneusement leur propre couche au milieu du groupe où le « dominant » n’avait pas cessé de dormir du sommeil du
juste. Le luxe de précautions prises montrait bien qu’elles n’avaient pas la
conscience absolument tranquille !
Je précise qu’il ne s’agissait pas des Bonobos (variété de
chimpanzés qui eux passent littéralement leurs journées et leurs nuits dans des
exercices sexuels toujours renouvelés et publics) mais de simples chimpanzés
très proches de l’homme.
Il y aurait donc des lois non écrites, pas même orales mais
respectées chez certaines espèces
d’animaux que nous connaissons et sans doute beaucoup
d’autres que nous ne connaissons pas ! Qu’en est-il chez l’homme ?
L’histoire est curieuse et vaut d’être contée :Pendant longtemps les
descendants d’Abraham par Ismael furent gouvernés par les « commandements »
reçus de leur dieu, Jéhovah, par Moïse, sur le mont Sinaï dans les
circonstances décrites par l’Ancien Testament. Mais on ne peut ignorer que les
Egyptiens chez qui les Juifs passèrent 400 ans, avait déjà des lois sur
l’homicide, le vol et le viol. La vie n’avait pas commencé à l’Exode…
Il faut remarquer
que Moïse, dans la perspective de l’apparition de son dieu avait pris la
précaution d’éloigner tous ses frères. C’est ainsi que sous les nuées et dans
les éclairs il reçut les commandements de dieu à l’homme que les Chrétiens
adoptèrent ensuite pour leur conduite après les avoir quand même
considérablement modifiés : excusez moi du peu mais j’ai constaté que peu
de mes contemporains connaissent les « dix commandements » donnés par
Jéhovah à Moïse : « Je suis l’Eternel, ton Dieu, tu ne te feras point
d’images …tu ne te prosterneras pas…tu ne prendras point le nom de
l’Eternel…souviens toi du repos du septième jour…et enfin : honore ton
père et ta mère, tu ne tueras point, tu
ne commettras point d’adultère, tu ne déroberas point, tu ne porteras point de
faux témoignage, tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son
serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne… » Je n’insiste pas car
je sais que mes contemporains connaissent et respectent les dix commandements
mouture chrétienne.
Quoi qu’il en soit,
Moïse a rapporté ce qui touche à la criminalité : tu ne tueras pas (un
individu de ton espèce est sous entendu), tu ne voleras pas, tu ne commettras
pas d’adultère, tu ne porteras pas de faux témoignage… ce qui recouvre sans difficulté toute la
criminalité.
Longtemps on a enseigné que « tu ne tueras
pas » de Moïse était le premier et
le plus important des commandements par ce qu’il était divin ! Mais un
événement plus important que tout se produisit au début du 20° siècle après
J.C. La grande stèle qui se trouvait à
l’entrée de Babylone et qui était couverte d’inscriptions fut enfin
déchiffrée ! Surprise, vingt ou trente siècles avant Moïse elle enseignait notamment ce que Jéhovah
passait pour avoir révélé à ce dernier.
Moïse qui était allé à Babylone dans sa jeunesse, à l’époque où la stèle de
Hammourabi était comprise de tous les passants n’avait fait que
reprendre le texte de cette dernière ! Cela n’était pas très correct
de la part d’un prophète mais surtout remettait en cause tout le reste du
LIVRE …J’ai eu l’honneur d’écrire à l’un de ceux qui ont traduit cette
stèle en Français, il ne paraissait pas tellement surpris que l’opinion ne se
soit pas fâchée contre Moïse. J’ai alors écrit à l’éditeur d’une très belle
bible (j’en fais la collection) qui m’a fait lire le commentaire des
traducteurs : « Bien sûr, il y a des poins communs et des redites,
mais le mont Yethro n’est pas si loin de Babylone, c’est normal … »
Je ne crois pas qu’on ait mesuré exactement la portée du
fait que de nombreuses nations aient accepté au jour d’hui d’instituer à côté
du mariage un autre contrat d’union de deux individus sans exiger qu’ils soient
de sexes différents. Et qu’on ait supprimé, au moins en France ce qui était au
début un crime, l’adultère de la femme puni de mort sur elle et son complice.
Mais la perte de la virginité, au moins supposée avant le mariage, ne faisait
pas l’objet d’un commandement et se trouvait pourtant puni de mort. Le problème
n’est plus l’expansion de l’espèce humaine, mais bien sa limitation !
Doit on rapprocher de ces faits que plusieurs chercheurs,
dans des domaines différents ont affirmé que la fécondité des hommes en
Occident a considérablement baissé : leur sperme serait moins riche en
spermatozoïdes. Les femmes ont moins d’enfants, moins longtemps.
L’homosexualité masculine libérée même si quelques hommes ont un besoin d’avoir
des enfants va dans le même sens. Mais c’est surtout l’homosexualité féminine
qui parait redoutable. Autrefois elle s’accommodait d’un mariage et de
plusieurs enfants. C’était un plus dont jouissaient les femmes et c’est
probablement une des raisons pour lesquelles cette homosexualité ne fut jamais
poursuivie. Mais au jour d’hui cette orientation se déclare plus tôt, devient
publique et exclut toute relation avec un homme. Or c’est des femmes que dépend
la démographie. Pour maîtriser cette dernière, ce sont les femmes dont on
retardait le mariage ou qu’on enfermait à vie. Au jour d’hui elles retardent
volontairement leur mariage et leur premier enfant pour ne pas gêner leurs
études, leurs carrières ! Il y a là matière à réflexion.
Et nous avons vu aussi l’apparition puis la disparition de
notre Code pénal de l’homosexualité…de l’avortement, de la prostitution, c’est
autant de délinquants et de criminels qui vont disparaître ? L’homme
moderne a inventé le viol, d’une épouse ou d’une prostituée, et encore avec toutes ses circonstances
aggravantes, la pédophilie… Ne craignez rien, sauf chez les Bonobos, les
instances pénales ne sont pas près d’être supprimées faute de pécheurs !
Mais, je ne plaisante pas : quand (dans les années 30) les explorateurs
ont découvert dans une boucle du Niger, le peuple Bonobo qui ne s’occupe inlassablement que de sexe,
des sociologues américains ont pensé très sérieusement qu’ils pouvaient être un
modèle pour la société humaine : il semble qu’il n’y a pas de conflit chez
eux et que tout se règle par un petit colloque singulier, parfois même
pluriel ! Illustrant ainsi le projet : faites l’Amour, pas la Guerre…
Je pense qu’il est temps maintenant de quitter l’étude de
la criminalité à l’échelle de la Terre ou du Temps, de la collectivité pour enfin s’approcher le l’Homme et bien
entendu de la femme, de l’individu. Pour éviter des redites, je prends la
liberté de reproduire ici la conclusion d’un article que vous trouverez sans
peine sur ce site : « Hérédité, environnement et délinquance» si ce
travail vous intéresse encore.
La délinquance, la criminalité sont avant tout un caractère
masculin, la femme n’étant atteinte que dans la proportion d’un dixième de
celle de l’homme .
La délinquance d’habitude est un caractère rare et très
précoce et plus elle se manifeste
tôt , plus elle sera grave.
Très rares sont les criminels qu’une peine même lourde peut
dissuader de recommencer. Le plus souvent, en prison, ils passent leur temps à
échafauder de nouveaux mauvais coups. Je
peux citer des exemples extraordinaires : un homme tue sa femme par ce
qu’il la soupçonne d’infidélité, ce qui est absolument faux. En réclusion il
est un détenu absolument modèle. A tel point que l’assistante sociale qui l’a
en charge se laisse attendrir. Elle l’épouse et obtient sa grâce. Aussitôt
l’homme soupçonne sa nouvelle épouse d’infidélité, ce qui est parfaitement faux
et la tue ! Pesquet purge une longue peine lorsque tel Paul de Tarse, il
est touché par la grâce céleste. Il communie plusieurs fois par jour, dévore
les Saintes Espèces. Les visiteurs, les psychiatres louent cette conversion, il
est mis en liberté et sous le contrôle hebdomadaire qui lui est quand même
imposé on lui confie de jeunes délinquants. Il en fait un petit phalanstère
homosexuel à sa disposition et les forme à aller voler. Quant à lui, entre deux
contrôles auxquels il ne manque jamais, il tue six personnes…Sa conversion
n’était pas sincère.
Les familles ou même les fratries de criminels sont
pratiquement inexistantes : nous n’avons pu en trouver. Il faut donc en
conclure que si, pour former un criminel, ses deux parents doivent être
porteurs de la prédisposition, il faut que celle-ci soit rare. Mais si ce n’est
pas une prédisposition génétique qui détermine le criminel, pourquoi au sein
d’une famille où tous les enfants sont élevés de la même manière, un seul est
atteint ?
Si le milieu est responsable du comportement criminel, on
ne comprend pas pourquoi ceux qui sont affectés sont ceux qui ont été exposés
le moins longtemps
Environnement, génétique, les deux éléments sont-ils en
cause ou aucun des deux ?
L'impossibilité où nous sommes arrivés de résoudre le
problème par la méthode des jumeaux nous amène à deux constatations nouvelles:
-1° rien de ce que nous avons fait ne permet de dire que la
délinquance n'est pas génétique au sens soit que le criminel soit l’enfant de
deux parents porteurs sains de la mutation « criminel » soit qu’un
désordre lors de la conception affecte le patrimoine génétique
2° Nous pouvons essayer de trouver une autre méthode
d'analyse que celle des jumeaux : la compatibilité des caractéristiques de la délinquance
d'habitude avec une origine qui serait de génétique ou d'environnement.
Nous avons établi que la délinquance d'habitude présente
trois caractères permanents : elle est rare, masculine (liée à l’agressivité,
donc plus faible et rare chez la femme) et précoce, alors que nous avons vu
qu’elle est née avant l’Homme, chez l’animal et s’est retrouvée sur la Terre
entière !
Enfin ce caractère est si profondément marqué au sein de
l’individu que celui-ci parait appartenir à une autre espèce, aussi différente
de l’espèce humaine qu’une espèce de prédateur carnivore peut l’être d’une
espèce herbivore !
Ces caractères sont tout à fait compatibles avec une
mutation génétique et totalement incompatibles avec une action de l’environnement. Je crois que
des exemples me feront mieux comprendre : prenez un sujet comme Paul qui
écrivait aux Corinthiens « je pense qu’il est bon de ne point toucher de
femme…etc , toutefois pour éviter l’impudicité, mariez vous… » Il est
demeuré le modèle, l’exemple des asexuels qui au jour d’hui se regroupent en
associations. En face vous trouvez ce romancier qui était obligé d’aller
plusieurs fois par jour au bordel. N’y avait-il pas une différence fondamentale
entre eux ? Ou cet individu qui ayant été condamné à 15 ans de réclusion
pour 12 viols établis, purge 10 ans, sort en liberté conditionnelle et dans les
trois mois commet deux nouveaux viols ! J’ai eu à faire à un pédophile qui
ayant été condamné à 25 ans de réclusion, les subit car à l’époque les grâces
n’existaient pas…et dans les trois mois récidive ! Un grand pas sera fait
quand on aura admis que c’est leur nature et que rien, ni suivi médical, ni
traitement hormonal ne les changera !
Si l'origine est génétique, on peut admettre qu'une
complexion si particulière soit rarissime. Et il faut admettre qu'elle l'est de
notre constatation (cf Cahier N° 1) de la stabilité surprenante du nombre des
délinquants d'habitude en France (30.000 individus de sexe masculin, de plus de
14 ans et de moins de 65).
La génétique peut encore expliquer que la délinquance
d'habitude soit surtout masculine et très précoce.
Au contraire, comment l'environnement expliquerait-il à la
fois la délinquance du riche et celle du pauvre, de l'illettré et du savant, du
fils et non du père, d'un seul frère parmi les autres, du jeune et non de celui
qui a subi très longtemps un environnement détestable ?
Nous avons retrouvé ici le raisonnement tenu à propos de
l'intelligence ( cf Cahier N°4), nous n'y reviendrons pas.
J’ai commencé cet article en déclarant que je souhaitais
montrer qu’une recherche est nécessaire. Puis-je me permettre d’avancer une
hypothèse qui résulte de tout ce que j’ai écrit :
Y a-t-il rien qui ressemble davantage au comportement des
délinquants d’habitude et des criminels que l’addiction : L’addiction au
risque (Moi, je ne me ferai pas prendre), l’addiction au jeu (je sais qu’on ne
peut gagner contre le Casino, mais moi je vais y arriver), l’addiction au sexe
(il faut que j’y aille, mais sans demander le consentement), l’addiction au vol
(je n’ai pas besoin de cet objet ou de cet argent que je vais voler, mais je
suis plus fort que les autres).
Or l’addiction est maintenant assez bien connue, on admet
que certains sujets sont plus sensibles que d’autres aux drogues par exemple.
Certains même seraient sensibles à la propre sécrétion de leur cerveau en
hormones. Il n’a pas été établi qu’il y ait là une disposition génétique, du
moins à ma connaissance. Mais on n’a rien trouvé d’autre et la question
demeure : pourquoi certains et pas tous ? Pourquoi la raison, la
pitié, simplement la prudence arrêtent-elles la main de l’un et non celle de
l’autre. Pourquoi certains sont-ils volontaires et d’autres s’abandonnent
ils ? Pourquoi par exemple la complice de Fourniret n’a-t-elle jamais eu
un mouvement de pitié pour éviter la torture et la mort aux petites victimes et
au contraire aidait-elle l’assassin ? Le domaine inconnu se
restreint : la joie de l’assassinat, le plaisir du viol ce serait d’abord
la dopamine, les hormones de récompense ; c’est un premier pas, mais
pourquoi l’immense majorité des gens arrive-t-elle à se maîtriser ?
N’existe-t-il pas de produit qui pourrait rendre à tout individu la maîtrise de
son comportement ? Alors le tueur de vieilles dames se
dirait « pourquoi tuer ces pauvres vieilles ? Pour payer
un dîner à des amis ? Sans compter les risques que je prends ? »
A ces questions il semble qu’il répondait « Je me fous de tout, j’ai le
sida, je vais mourir, alors le reste… »
Loin de moi l’idée
de négliger le rôle du milieu, mais je crois qu’il faut le placer au second
rang. Je m’explique :
Un enfant doué héréditairement peut ne pas se développer
s'il est élevé avec les loups mais l'environnement est inutile pour développer
l'intelligence pure ou génie et Alain
Peyreffite cite le cas de Raoul Dautry qui quitte ses moutons pour acheter des
livres et se présenter à Polytechnique où il est reçu. Le professeur Rémy
Chauvin cite un berger qui dessinait le mouvement des astres dans une vieille
soupière.
Très curieusement ( en apparence) l'environnement ne peut
avoir qu'un rôle positif sur le délinquant en puissance du fait de sa
prédisposition. Nous avons été mis sur cette voie de la manière suivante :
lorsque nous avons constaté que les effectifs de la délinquance d'habitude sont
distribués (en fonction de leur âge au premier délit) en une exponentielle
décroissante de période de sept ans, nous avions retrouvé la courbe de
désintégration des éléments radioactifs étudiée quelques décennies plus tôt !
Nous avions retenu que chaque atome peut se désintégrer à tout instant mais
qu'il le fait au hasard et qu'ainsi, sur un grand nombre d'atomes une période
apparaît. Rien ( à notre connaissance) n'a décidé que tel ou tel autre atome va
éclater, mais l'ensemble se comporte selon une loi physique très précise. Il ne
peut en être autrement pour les délinquants d'habitude. Tous ont une
dangerosité latente: le hasard seul décide du moment où ils vont céder. Et
voila au moins un rôle de
l'environnement: Il offre l'occasion, la tentation, la permission.
Il est possible encore de donner des exemples. Imaginons
que la propension à boire avec excès de l'alcool soit innée. Dans un pays où
l'alcool est inconnu, elle ne se révèlera jamais. Que l'alcool au contraire
coule à profusion, en toutes occasions et en tous lieux, elle ne peut que se
manifester. Et l'exemple pourra être répété à l'infini : voitures dans les
rues, produits offerts à l'envi dans les super marchés, filles disponibles etc. Je profite des circonstances pour
ajouter ici une remarque faite récemment : les fils de dictateurs
paraissent particulièrement odieux : regardez autour de vous ou souvenez
vous de faits récents : des fils de Ceausescu, de Saddam Hussein volaient,
enlevaient des femmes qu’on ne revoyait plus, assurés qu’ils étaient de l’impunité.
Dans l’antiquité on en trouverait bien
d’autres : à une lourde hérédité s’ajoutait la protection paternelle et la
licence. Mais, et ceci confirme ce qui précède, les filles de dictateurs
étaient loin de leurs frères, et dans la fratrie, il y avait des garçons qui se
« tenaient bien » ! C’est encore un indice que le milieu ne
suffit pour pas créer la criminalité !
L'erreur est de croire que l'environnement interviendrait
pour une part et l'inné pour une autre, le résultat étant établi par une
addition. Les deux facteurs ne s'ajoutent pas, ils se conjuguent : ramenons le
problème à la limite: si l'hérédité est nulle, l'environnement ne peut rien et
réciproquement : une bonne graine semée sur de la glace ne donnera rien; une
graine brûlée semée dans la meilleure terre ne prospèrera pas.
Ce point de vue est plus important qu'il ne paraît: Des
criminologues au demeurant fort distingués ont imaginé le "passage à
l'acte". Ils méditent depuis en se demandant pourquoi de deux individus
qui paraissent semblables, un seul devient délinquant ? Pourquoi à ce moment là
et non à un autre ? C'est un faux problème. Pourquoi un atome de radium se
désintègre-t-il et pas un atome de plomb? Tout simplement par ce que c'est dans
la nature du premier et non dans celle du second. Mais le phénomène peut-être
arrêté ou retardé par un dispositif ralentisseur comme dans les centrales
nucléaires: ce sera la famille, l'éducation, voire la Police...
Supposons que l'origine de la délinquance d'habitude est
innée , comment va se caractériser cette disposition ? Nous nous
surprenons nous même à l'avoir cherchée si longtemps car en fait, la réponse
nous avait été donnée depuis longtemps. Nous l´ avons dit dans le précédent
article : l`intelligence, comme tout comportement humain est le résultat
de la mise en oeuvre de nombreuses fonctions intellectuelles et sensorielles,
donc issues de plusieurs chromosomes, de dizaines de gènes, de milliers de
nucléotides dont le résultat a été mis en évidence par d´autres voies par M.
Jean PINATEL. Ce grand criminologue qui avait l' esprit de synthèse et de
généralisation a cherché ce qui était commun à tous le délinquants. Il a trouvé
et il en a un grand mérite, quatre caractères :
l´ indifférence à la douleur d' autrui,
la labilité,
l´égocentrisme ,
l´ agressivité.
Et ces quatre caractères sont totalement compatibles avec
les exigences que nous avons définies : rareté, masculinité, précocité,
universalité ! Lorsque nous avions entendu pour la première fois Monsieur
PINATEL énumérer avec tant de simplicité les quatre caractères (dont nous avons
vérifié chaque jour l´exactitude) nous avons été frappés de voir combien :
- d une part, il était difficile d´ avoir à la fois ces 4 caractères - d' autre
part, combien un individu était totalement transformé par le remplacement d´ un
seul trait de caractère. Ainsi substituez seulement à la labilité son
contraire, la persévérance et vous obtenez le spéculateur. Changez encore l
égocentrisme en une idée de la Patrie et vous obtenez le grand héros national
.Nous vous laissons le plaisir de continuer pour arriver, ayant substitué à
chacun de ces caractères son contraire, à un être d'amour, la Mère, la Soeur
infirmière des lépreux pour en revenir à soeur Godfrieda la criminelle. Au
passage vous avez rencontré l'archétype de la prostituée, etc. etc.
Enfin, il semble que le caractère amoral de l'enfant ou de
l'immature soit reconnu par les psychologues, les éthologues. Et une variété
infinie de combinaisons apparaît car chaque trait peut-être plus ou moins
accusé.
Les conséquences de ce qui précède sont simples:
- L'environnement doit offrir le moins d'occasions, de
tentations de délinquance possibles.
- L'homme doit être encore plus soutenu, aidé, que la
femme; probablement par elle : mère, épouse, d'où la nécessité du maintien de
la famille et d'un rôle ardent de l'Ecole puisqu'il apparaît qu'à 14 ans ce
sera trop tard. Le rôle de la femme ne sera totalement efficace que si elle est
respectée et chérie.
- La constatation que la délinquance d'habitude est une
disposition innée ne doit pas conduire à l'excuse du délinquant : le sauvetage
de ce dernier exige au contraire un traitement plus ferme et complet de son
comportement, jusqu'au jour où, enfin, il pourra être soigné. Celà est une
autre histoire.
Il ne faudrait pas que ce point de vue soit retenu comme
une hypothèse qu'il existe un"gène de la délinquance". Ni que cette
délinquance doit être héréditaire, passant de père en fils ou de mère en fille.
Non, il suffit qu’un accident amène une malformation du génotype ou que les
deux parents soient porteurs d’une disposition à la délinquance sans en
souffrir eux-mêmes.
Ce qui est inné chez
l'homme comme chez les animaux supérieurs c'est au contraire le besoin d'une
hiérarchie et de règles de comportement très précises. L'homme réclame des lois
qui vont de la loi constitutionnelle à la loi religieuse, civile, pénale,
commerciale sans oublier la civilité puérile et honnête et enfin...la mode!
C'est l'absence de cette disposition innée qui conduit à la délinquance.
L'homme est doté en plus de deux disposition innées très fortes: le besoin
d'une situation d'équité qui lui fait réclamer réparation et vengeance. C’est
un deuxième crime de les lui refuser !
Post scriptum:
Il n'est pas possible de reproduire cet article sur les
jumeaux 22 ans après sa composition,
sans vous conter comment il s'est terminé. Une fois qu'il fut imprimé, il me
restait à remercier le Chef du Service qui reçoit toutes les personnes
conduites au Dépôt du Tribunal de Paris et toute son équipe. Je leur en
apportai donc quelques exemplaires tirés à part et le Commissaire me demanda si
j'étais satisfait des résultats.
- Beaucoup! L’origine génétique de la délinquance
d'habitude parait se dessiner. En ce qui concerne les jumeaux, j'ai notamment
établi qu'ils ne sont jamais des génies mais jamais non plus de grands
délinquants!
- Je le savais déjà, me dit-il en hochant la tête, je suis
jumeau !
Il y avait un risque sur cent qu'il en fût ainsi et ce
risque s'était réalisé! Depuis, je me suis fait une règle de vie que je vous
conseille vivement d'adopter: ne jamais prendre sans nécessité absolue un
risque supérieur à un pour mille.